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Rolex « Red » Submariner 1680 — le guide complet du collectionneur

22 août 2026

Première Submariner à date, la référence 1680 « Red » fascine par ses six générations de cadrans et ses innombrables subtilités. Voici comment lire, comprendre et authentifier cette icône transitionnelle.

Rolex « Red » Submariner 1680 — le guide complet du collectionneur
Note méthodologique. Ce guide restitue en synthèse éditoriale les connaissances établies par la communauté des collectionneurs sur la référence 1680 « Red » : nomenclature des cadrans Mark, typologie des inserts, évolution des couronnes et des bracelets. Les critères d'identification décrits ici constituent une base d'étude — toute expertise engageante requiert l'examen physique de la pièce.

Première partie · Une transition nommée date

Il y a des références qui traversent l'histoire d'une manufacture sans faire de bruit, et d'autres qui cristallisent un moment de bascule. Introduite en 1967, la Submariner 1680 appartient à la seconde catégorie : elle est la première Submariner à recevoir une complication date, magnifiée par la fameuse loupe « Cyclops ». Un choix qui paraît anodin aujourd'hui mais qui, à l'époque, divisait les puristes de l'outil de plongée — une montre de travail avait-elle besoin de connaître le quantième ?

À l'image de certaines Sea-Dweller « Single Red », la 1680 est considérée par beaucoup comme une référence transitionnelle : elle fait le pont entre l'ère des plongeuses purement instrumentales et celle des sportives de luxe. Et c'est précisément la ligne « SUBMARINER » imprimée en rouge sur son cadran — quelques années de production seulement sous cette forme — qui concentre aujourd'hui toute l'attention des collectionneurs.

Six cadrans, six signatures : sur la 1680 « Red », un détail typographique suffit à dater une pièce — et souvent à en établir la valeur.

Deuxième partie · Les six cadrans Mark

Dans le vocabulaire du collectionneur, chaque itération de cadran porte le préfixe « Mark » (abrégé MK). La 1680 « Red » en aligne six : trois appartiennent à la famille « Meter First » — la profondeur s'affiche d'abord en mètres (200m = 660ft) — et trois à la famille « Feet First », où l'ordre s'inverse.

MK1 · Meter First · Singer · jusqu'en 1969Le « f » qui s'enroule

Le premier de la lignée, et le plus immédiatement identifiable : le « f » de « ft » s'enroule au-dessus du « t » — il est le seul des trois Meter First à présenter cette calligraphie. Il cumule les singularités : des six « fermés », et une inscription « Submariner » dont la largeur correspond exactement à celle de la ligne de profondeur, imprimée sur une base blanche.

MK2 · Meter First · Singer · 1970Le jumeau aligné

Le MK2 et le MK3 forment un duo que seuls les détails les plus ténus séparent. Sur le MK2, la couronne Rolex s'élargit légèrement, le « 660 » adopte des six « ouverts », et l'inscription « Submariner » — toujours sur base blanche — devient un peu plus courte que la ligne de profondeur. Le marqueur décisif : le « f » de « ft » s'arrête exactement à l'aplomb du « R » de « Submariner ».

MK3 · Meter First · Singer · 1970Le rouge intégral

Trois différences fondamentales le distinguent de son jumeau : le haut du « f » dépasse visiblement derrière le second « R » de « Submariner » ; la courbure basse du « t » se resserre nettement ; et surtout — c'est le seul Meter First dont le titre est imprimé en rouge intégral, sans couche de base blanche.

MK4 · Feet First · Singer · 1971-1972L'inversion

Premier cadran à placer les pieds avant les mètres, le MK4 se trahit par ses « ft » : les barres horizontales du « f » et du « t » sont visiblement décalées l'une par rapport à l'autre, là où les MK5 et MK6 les alignent parfaitement. Six ouverts, « Submariner » sur base blanche.

MK5 · Feet First · Beyeler · 1971-1973Le changement de main

Nouveau fournisseur, nouvelle écriture. Le MK5 conserve les six ouverts — avec un écartement moindre — mais aligne les barres du « ft » et estampe le « Submariner » directement en rouge, sans base blanche. C'est le critère de séparation le plus fiable face au MK4.

MK6 · Feet First · Lemrich · circa 1973-1976Le dernier rouge

Le dernier de la lignée, et le plus simple à identifier : il est le seul Feet First à six « fermés ». Comme le MK5, le rouge y est appliqué directement. Avec lui s'éteint l'ère du texte rouge.

Le cadran « Service ». Il existe un septième cadran hors nomenclature, monté lors de révisions tardives et équipé de Luminova. Le test est immédiat : les Marks I à VI portent la mention « Swiss-T<25 » sous 6 heures — signature du tritium — tandis que le Service affiche simplement « Swiss ».
Les prototypes « MK0 ». Des photographies circulent de cadrans Meter First d'une rareté extrême, caractérisés par l'absence de piste des minutes. L'un d'eux cumule un tampon « Swiss Made » inédit et un anneau extérieur dont la circonférence épouse l'emplacement théorique des marqueurs manquants. Prototypes d'usine ou anomalies ? Le débat reste ouvert.

Troisième partie · Les inserts — quand un composant vaut une montre

Jusqu'en 1969-1970, la famille Meter First reçoit l'insert le plus convoité de la production : le « Long 5 ». On l'identifie au « ventre » du 5 dans le 50 — plus large, plus long, plus épais que sur tous les inserts ultérieurs, d'où son surnom de « Fat ». Cette pièce seule peut atteindre 2 000 € selon son état de conservation.

Pour la famille Feet First, les collectionneurs désignent l'insert de référence sous le nom de « MK3 » — la nomenclature adore entretenir la confusion avec les cadrans. Monté indifféremment sur les 1680 « Red » et « White » jusqu'aux années 1970, il se reconnaît à sa police « Fat » et au périmètre intérieur triangulaire de ses 4. Comptez plus de 1 000 € pour un exemplaire excellemment préservé.

Quant au « MK3 Bis », il divise la communauté en deux écoles : ceux qui admettent son montage sur une White 1680 de fin 1979 — en transition avec la référence 16800 — et ceux pour qui seul le MK3 est légitime sur toute 1680 des années 70.

Quatrième partie · Le calibre 1575 — un cœur qui porte le mauvais nom

Sous le fond, le calibre 1575 — déclinaison à date du 1570 « time-only ». Une particularité mécanique mérite l'attention : jusqu'en 1970, ce mouvement ne dispose pas du stop-seconde, ajouté seulement à partir de 1971. Concrètement, sur toute la famille Meters First, la trotteuse continue de tourner pendant la mise à l'heure — à quelques très rares exceptions près dans les années charnières 1970-71.

Et puis il y a cette curiosité d'atelier, presque une signature d'époque : bien que le calibre soit officiellement nommé 1575, le pont du mouvement automatique reste gravé « 1570 ». Rolex n'a jamais jugé utile de mettre à jour la gravure.

Cinquième partie · Bracelets, fermoirs, couronnes — lire les années sur l'acier

Trois bracelets jalonnent la décennie de production, et leurs fermoirs portent littéralement leur état civil gravé. De 1967 à 1975 : année et trimestre de fabrication — « 1 sur 72 » signifie premier trimestre 1972. À partir de 1976, le code devient alphabétique : VA=1976, VB=1977, VC=1978, VD=1979. Croiser la date du fermoir avec le numéro de série du boîtier est l'un des contrôles de cohérence les plus élémentaires — et les plus révélateurs — d'une expertise.


Référence 7206

Référence 9315


Référence 93150



PériodeBraceletConstructionNote
1967-1969Ref. 7206Maillons rivetés · ext. type 80Première monte Rare
1970-c.1976Ref. 9315Maillons pliés · ext. 280-380La monte orthodoxe des seventies
1976Ref. 93150Maillons pleins · ext. 580Année transitionnelle uniquement

Côté couronnes, deux types se succèdent. 

La « Twinlock » Ref. 24-700 équipe les pièces de 1967 à 1971 : 7 mm de diamètre, pas de points sous le logo couronne, colonne filetée courte sans tube intérieur. 

Vers 1972 arrive la première génération « Triplock » Ref. 24-701/702 — l'exact inverse : trois points sous la couronne, filetage allongé avec haute gaine intérieure. Seul point commun : toujours 7 mm. 

Au début des années 1980, la seconde génération Ref. 24-703 introduit le joint torique ; on ne la rencontre sur une 1680 que si la montre est passée en révision durant cette décennie.

Protocole d'identification des couronnes. Colonne courte sans points → Twinlock des sixties. Trois points, colonne longue à gaine, sans joint → Triplock première génération des seventies. Avec joint → Triplock seconde génération, service années 80.

Référence 24-700
Première génération de Triplock 24 701/702


Sixième partie · Ce que le boîtier raconte encore

Toutes les 1680 affichent 200 m d'étanchéité, une lunette bidirectionnelle et un verre « stepped » au code composant 127, typique de la référence. 

Jusqu'en 1969, les boîtiers des « Red » sont plus fins que ceux des années 70 — ce sont les mêmes que ceux des références 5512 et 5513 des sixties — pour 40 mm de diamètre.

Entre 1967 et 1972, la surface intérieure des fonds porte la gravure « 1680 » accompagnée de la même nomenclature de datation que les fermoirs ; à partir de 1973, seule la gravure « 1680 » subsiste. 

La roue de date d'origine, elle, présente un fond argenté et des six et neuf « ouverts » — une roue blanche moderne raconte immanquablement une histoire de service.

Et pour finir sur une note dorée : en 1969, Rolex dévoile une version en or jaune 18 carats, cadran noir mat « Meter First » et index « Nipple » — la toute première Submariner intégralement en or de l'histoire. La preuve que même une montre-outil peut changer de destin.

Récapitulatif · Les six Marks de la 1680 « Red »
MarkPériodeFabricantFamilleSignature distinctive
MK1→ 1969SingerMeter First« f » enroulé au-dessus du « t » · six fermés · base blanche ★★
MK21970SingerMeter First« f » aligné au « R » · six ouverts · base blanche
MK31970SingerMeter FirstRouge intégral sans base blanche ★★
MK41971-72SingerFeet FirstBarres du « ft » décalées · base blanche
MK51971-73BeyelerFeet FirstBarres co-linéaires · rouge direct
MK6c.1973-76LemrichFeet FirstSeul Feet First à six fermés · rouge direct

Références & lectures

Note méthodologique. Les valeurs indicatives mentionnées (inserts) reflètent les niveaux observés sur le marché des composants de collection et sont sujettes à variation. Ce guide constitue une base d'étude : toute décision d'achat engageante requiert l'examen physique de la pièce et le croisement des numéros de série.

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