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GUIDE DU COLLECTIONNEUR

Rolex GMT-Master 1675 — le guide complet du collectionneur

31 août 2026
Rolex GMT-Master 1675 — le guide complet du collectionneur
Note méthodologique. Ce guide s'appuie sur le travail de documentation photographique remarquable publié par oysterpassion.fr, que nous citons en référence et dont les clichés illustrent cet article. Les fenêtres de production sont données à ± 1 an — la chronologie Rolex n'est jamais exactement linéaire. Aucune identification ne remplace l'examen physique de la pièce.
Première partie · Vingt et un ans au poignet des pilotes

Lorsque la référence 1675 succède à la 6542 en 1959, la GMT-Master a cinq ans et déjà une légende : née d'une demande de la Pan Am pour ses équipages transatlantiques, elle affiche deux fuseaux horaires grâce à une aiguille supplémentaire lue sur une lunette 24 heures. La 1675 apporte trois évolutions décisives : un boîtier de 40 mm, une couronne Twinlock de 5,3 mm et surtout des épaulements de protection — les fameuses cornes — absents de sa devancière.

Elle restera au catalogue jusqu'en 1980, soit la plus longue carrière d'une GMT. Vingt et un ans pendant lesquels Rolex fait évoluer presque tout : la typographie des cadrans, la forme des cornes, la taille de l'aiguille GMT, le calibre, les bracelets. Pour le collectionneur, c'est un terrain de jeu immense — et un champ de mines pour qui ne connaît pas les repères. Ce guide les déroule dans l'ordre.

Une 1675 ne se date pas à son numéro de série seul : elle se lit — au tiret du cadran, à la forme de ses cornes, à la taille de sa flèche.
Deuxième partie · Lire un cadran de 1675 — les cinq repères

Avant de dérouler la chronologie, il faut connaître les cinq détails que les spécialistes scrutent à la loupe sur un cadran de 1675. Tous sont infimes, tous sont datants.

Le tiret entre OYSTER et PERPETUAL — présent ou absent selon les séries. L'underline, un trait sous la mention de certification, qui signale une période de transition dans les matériaux luminescents. Le chemin de fer, cette minuterie graduée en périphérie, présente sur les premiers cadrans puis abandonnée. La mention SWISS seule, remplacée à partir de 1965 par SWISS-T<25 — la signature du tritium. Et enfin la couleur du texte : doré (gilt) sur les premières séries, blanc ensuite, avec des allers-retours qui font le sel de la datation.

Le texte de certification. Sur la toute première période, 1959-1960, le cadran porte « Officially Certified Chronometer ». Il devient ensuite « Superlative Chronometer Officially Certified » — la formule que tout le monde connaît. Voir l'ancienne mention sur une 1675 est déjà un indice de grande précocité.
Troisième partie · L'ère des cornes pointues (1959-1964)

Les cinq premières années sont celles des « Cornino » — les épaulements pointus, effilés, qui donnent à ces montres un profil reconnaissable entre tous. Toutes sont animées par le calibre 1565, toutes portent une petite aiguille GMT fine, et toutes se distinguent par leurs cadrans, dont voici la séquence.

Rolex GMT-Master 1675 de 1959-1960 à cadran gilt, chapter ring et lunette patinée
1959-1960 — Cadran doré avec tiret entre OYSTER et PERPETUAL, mention « Officially Certified Chronometer », chemin de fer, petite flèche GMT. La lunette a viré au brun-fauve. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 1959-1960 avec underline sous Officially Certified
1959-1960, variante « underline » — le trait sous la certification, marqueur du passage du radium au tritium. Tiret, chemin de fer et petite GMT conservés. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 de 1960-1961 à cadran gilt sur lunette noire
1960-1961 — Cadran gilt, tiret présent, sans underline, chemin de fer, petite flèche. Ici sur lunette entièrement noire, une configuration d'époque parfaitement légitime. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 de 1961-1962 à texte blanc et underline
1961-1962 — Bascule vers le texte blanc : plus de tiret, underline présent, mention SWISS sans chemin de fer. La patine des index a pris une teinte ambrée. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 1962-1963 à cadran gilt avec double index à six heures
1962-1963 — Retour au doré, avec le détail le plus recherché de la période : un petit index circulaire sous l'index rectangulaire de 6 h — ce que les Anglo-Saxons nomment l'« exclamation dot ». Tiret et chemin de fer présents. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 de 1963-1964 à texte blanc et chemin de fer
1963-1964 — Dernière configuration des Cornino : texte blanc, tiret, chemin de fer, petite flèche GMT. Photo oysterpassion.fr
Quatrième partie · Cornes arrondies et tritium (1965-1980)

En 1965, le boîtier adopte les épaulements arrondis dits « classiques » — le profil que la 1675 conservera jusqu'à la fin. Le cadran change en même temps : la mention SWISS-T<25 s'installe (tritium sous 25 millicuries), le chemin de fer disparaît, le tiret aussi. Le calibre 1565 anime encore les tout premiers exemplaires de 1965, puis le 1575 prend le relais.

GMT-Master 1675 de 1965-1971 avec cadran tropical brun et petite aiguille GMT
1965-1971 — Cornes classiques, SWISS-T<25, sans tiret ni chemin de fer, texte blanc, encore la petite aiguille GMT. Ce cadran a viré au brun : un « tropical » très recherché. Photo oysterpassion.fr

Vers 1971 intervient la dernière évolution majeure : l'aiguille GMT s'élargit en grande flèche triangulaire, bien plus lisible. C'est la configuration des dix dernières années de production.

GMT-Master 1675 de 1971-1980 avec grosse aiguille GMT
1971-1980 — Calibre 1575, cornes classiques, SWISS-T<25 et la grosse flèche GMT caractéristique de la fin de production. Photo oysterpassion.fr
Cinquième partie · Les 1675 hors normes

Au-delà de la production standard, la 1675 a connu des exemplaires commandés par des institutions ou signés par des détaillants — les « spéciales », dont la rareté fait grimper les enchères et dont l'authenticité mérite une vigilance décuplée.

GMT-Master 1675 Pan Am à cadran blanc
La « Pan Am » à cadran blanc — l'exemplaire qui alimente les débats. Les cadrans blancs auraient été réservés au personnel au sol de la compagnie ; la plupart des spécialistes considèrent les exemplaires circulants avec la plus grande prudence. Photo oysterpassion.fr
Fond de boîtier gravé Pan Am et bracelet Oyster
Fond de boîtier gravé du globe Pan Am. Mythe ou réalité ? La question reste ouverte dans la communauté. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 Fuerza Aerea del Peru vers 1970
Vers 1970 — La 1675 livrée à la Fuerza Aérea del Perú. Des exemplaires plus tardifs existent avec la grosse flèche GMT. Photo oysterpassion.fr
Fond de boîtier gravé Fuerza Aerea del Peru
La mention gravée au dos ; référence et numéro de série sont également gravés à l'intérieur du fond — un élément de contrôle précieux. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 du Ministère de la marine du Sultanat d'Oman
La 1675 du Ministère de la marine du Sultanat d'Oman, l'emblème du sultanat imprimé au cadran — parmi les plus convoitées de toutes les GMT. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 Blue Navy de 1978 à lunette entièrement bleue
Vers 1978 — La « Blue Navy », à lunette entièrement bleue. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 signée Serpico y Laino
Cadran double-signé Serpico y Laino, le grand concessionnaire de Caracas qui apposait son nom sur les cadrans. La pratique a survécu au décès d'un des fondateurs en 1966, les héritiers l'ayant poursuivie des années durant. Photo oysterpassion.fr
GMT-Master 1675 signée Tiffany and Co
Signature Tiffany & Co. — le joaillier new-yorkais a signé les cadrans de plusieurs générations de Rolex ; sur une 1675, la double signature est un multiplicateur de valeur redoutable. Photo oysterpassion.fr
Prudence sur les doubles signatures. Serpico y Laino, Tiffany, Oman : ces mentions valent des dizaines de milliers d'euros d'écart, et se contrefont. Cohérence typographique avec l'époque, relief de l'impression, histoire de la pièce — chaque signature doit être authentifiée par un spécialiste avant tout engagement.
Sixième partie · Sous le fond — 1565 et 1575

Deux calibres, tous deux dérivés de la base 1530 : 28,5 mm de diamètre, 6,47 mm de hauteur. Le 1565 équipe la 1675 de 1959 à 1965 et bat à 18 000 alternances par heure ; son pont est gravé 1560. Le 1575 lui succède, poussé à 19 800 alternances — une précision accrue — avec un pont gravé 1570. Le stop-seconde n'apparaît qu'au début des années 70.

Calibre Rolex 1565 GMT
Le calibre 1565 GMT — 18 000 A/h, pont gravé 1560. Photo oysterpassion.fr
Calibre Rolex 1575 GMT
Le calibre 1575 GMT — 19 800 A/h, pont gravé 1570. Sa fonction GMT reste solidaire de l'heure : le second fuseau se règle par la lunette, pas par la couronne. Photo oysterpassion.fr
Septième partie · Six bracelets pour une montre

Le bracelet raconte l'époque aussi sûrement que le cadran. La 1675 est d'abord livrée sur deux Oyster à maillons rivetés dits « Flushfit » : le 6636, extensible, et le 7206, qui ne l'est pas. En 1968, le Jubilé fait son entrée avec la référence 6251, remplacée en fin de production par la 62510. Vers 1974 arrive l'Oyster 7836 à maillons pliés, lui-même remplacé par le 78360 à maillons pleins — le bracelet moderne des dernières 1675.

Bracelet Rolex 6636 riveté extensible
Le 6636 — riveté, extensible. Photo oysterpassion.fr
Bracelet Rolex 7206 riveté
Le 7206 — riveté, fixe. Photo oysterpassion.fr
Bracelet Rolex Jubilé 6251
Le Jubilé 6251 — à partir de 1968. Photo oysterpassion.fr
Bracelet Rolex Oyster 7836
Le 7836 — Oyster à maillons pliés, vers 1974. Photo oysterpassion.fr
Bracelet Rolex Jubilé 62510
Le 62510 — le Jubilé de fin de production. Photo oysterpassion.fr
Bracelet Rolex Oyster 78360
Le 78360 — maillons pleins, dernier bracelet Oyster de la 1675. Photo oysterpassion.fr
Récapitulatif · La 1675 année par année
PériodeCornesCadranRepères
1959–1960CorninoGilt« Officially Certified Chronometer » · tiret · chemin de fer · underline sur certains ★★
1960–1961CorninoGiltTiret · chemin de fer · sans underline
1961–1962CorninoBlancSans tiret · underline · SWISS sans chemin de fer
1962–1963CorninoGiltTiret · chemin de fer · double index à 6 h ★★
1963–1964CorninoBlancTiret · chemin de fer
1965–1971ClassiquesBlancSWISS-T<25 · sans tiret ni chemin de fer · petite GMT · cal. 1565 puis 1575
1971–1980ClassiquesBlancGrosse flèche GMT · cal. 1575

Une constante sur toute la production : couronne Twinlock de 5,3 mm et verre plexiglas à cyclope. Tout écart signale un remplacement.

Huitième partie · Le regard du collectionneur

Tout doit concorder. Le tableau ci-dessus est votre grille de lecture : cornes, cadran, aiguille GMT et calibre doivent appartenir à la même fenêtre. Un cadran gilt à chemin de fer sur un boîtier à cornes classiques, une grosse flèche sur un cadran de 1963 — ce sont des mariages, pas des montres d'origine.

Le bracelet doit suivre. Une 1675 de 1961 sur 78360 a changé de bracelet ; ce n'est pas rédhibitoire, mais ce n'est pas d'origine, et le prix doit le refléter. Les fermoirs datés facilitent le contrôle.

Les spéciales exigent une preuve. Gravure Pan Am ou péruvienne, emblème omanais, signature Tiffany : ces mentions se contrefont précisément parce qu'elles valent cher. Le doute doit toujours profiter à la prudence.

Références & lectures

Note. Les fenêtres de production sont celles généralement admises, à ± 1 an. Ce guide constitue une base d'étude : toute décision d'achat engageante requiert l'examen physique de la pièce et le croisement des numéros de série. Notre atelier réalise cette expertise gratuitement.

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