Lorsque la référence 1675 succède à la 6542 en 1959, la GMT-Master a cinq ans et déjà une légende : née d'une demande de la Pan Am pour ses équipages transatlantiques, elle affiche deux fuseaux horaires grâce à une aiguille supplémentaire lue sur une lunette 24 heures. La 1675 apporte trois évolutions décisives : un boîtier de 40 mm, une couronne Twinlock de 5,3 mm et surtout des épaulements de protection — les fameuses cornes — absents de sa devancière.
Elle restera au catalogue jusqu'en 1980, soit la plus longue carrière d'une GMT. Vingt et un ans pendant lesquels Rolex fait évoluer presque tout : la typographie des cadrans, la forme des cornes, la taille de l'aiguille GMT, le calibre, les bracelets. Pour le collectionneur, c'est un terrain de jeu immense — et un champ de mines pour qui ne connaît pas les repères. Ce guide les déroule dans l'ordre.
Avant de dérouler la chronologie, il faut connaître les cinq détails que les spécialistes scrutent à la loupe sur un cadran de 1675. Tous sont infimes, tous sont datants.
Le tiret entre OYSTER et PERPETUAL — présent ou absent selon les séries. L'underline, un trait sous la mention de certification, qui signale une période de transition dans les matériaux luminescents. Le chemin de fer, cette minuterie graduée en périphérie, présente sur les premiers cadrans puis abandonnée. La mention SWISS seule, remplacée à partir de 1965 par SWISS-T<25 — la signature du tritium. Et enfin la couleur du texte : doré (gilt) sur les premières séries, blanc ensuite, avec des allers-retours qui font le sel de la datation.
Les cinq premières années sont celles des « Cornino » — les épaulements pointus, effilés, qui donnent à ces montres un profil reconnaissable entre tous. Toutes sont animées par le calibre 1565, toutes portent une petite aiguille GMT fine, et toutes se distinguent par leurs cadrans, dont voici la séquence.






En 1965, le boîtier adopte les épaulements arrondis dits « classiques » — le profil que la 1675 conservera jusqu'à la fin. Le cadran change en même temps : la mention SWISS-T<25 s'installe (tritium sous 25 millicuries), le chemin de fer disparaît, le tiret aussi. Le calibre 1565 anime encore les tout premiers exemplaires de 1965, puis le 1575 prend le relais.

Vers 1971 intervient la dernière évolution majeure : l'aiguille GMT s'élargit en grande flèche triangulaire, bien plus lisible. C'est la configuration des dix dernières années de production.

Au-delà de la production standard, la 1675 a connu des exemplaires commandés par des institutions ou signés par des détaillants — les « spéciales », dont la rareté fait grimper les enchères et dont l'authenticité mérite une vigilance décuplée.








Deux calibres, tous deux dérivés de la base 1530 : 28,5 mm de diamètre, 6,47 mm de hauteur. Le 1565 équipe la 1675 de 1959 à 1965 et bat à 18 000 alternances par heure ; son pont est gravé 1560. Le 1575 lui succède, poussé à 19 800 alternances — une précision accrue — avec un pont gravé 1570. Le stop-seconde n'apparaît qu'au début des années 70.


Le bracelet raconte l'époque aussi sûrement que le cadran. La 1675 est d'abord livrée sur deux Oyster à maillons rivetés dits « Flushfit » : le 6636, extensible, et le 7206, qui ne l'est pas. En 1968, le Jubilé fait son entrée avec la référence 6251, remplacée en fin de production par la 62510. Vers 1974 arrive l'Oyster 7836 à maillons pliés, lui-même remplacé par le 78360 à maillons pleins — le bracelet moderne des dernières 1675.






| Période | Cornes | Cadran | Repères |
|---|---|---|---|
| 1959–1960 | Cornino | Gilt | « Officially Certified Chronometer » · tiret · chemin de fer · underline sur certains ★★ |
| 1960–1961 | Cornino | Gilt | Tiret · chemin de fer · sans underline |
| 1961–1962 | Cornino | Blanc | Sans tiret · underline · SWISS sans chemin de fer |
| 1962–1963 | Cornino | Gilt | Tiret · chemin de fer · double index à 6 h ★★ |
| 1963–1964 | Cornino | Blanc | Tiret · chemin de fer |
| 1965–1971 | Classiques | Blanc | SWISS-T<25 · sans tiret ni chemin de fer · petite GMT · cal. 1565 puis 1575 |
| 1971–1980 | Classiques | Blanc | Grosse flèche GMT · cal. 1575 |
Une constante sur toute la production : couronne Twinlock de 5,3 mm et verre plexiglas à cyclope. Tout écart signale un remplacement.
Huitième partie · Le regard du collectionneurTout doit concorder. Le tableau ci-dessus est votre grille de lecture : cornes, cadran, aiguille GMT et calibre doivent appartenir à la même fenêtre. Un cadran gilt à chemin de fer sur un boîtier à cornes classiques, une grosse flèche sur un cadran de 1963 — ce sont des mariages, pas des montres d'origine.
Le bracelet doit suivre. Une 1675 de 1961 sur 78360 a changé de bracelet ; ce n'est pas rédhibitoire, mais ce n'est pas d'origine, et le prix doit le refléter. Les fermoirs datés facilitent le contrôle.
Les spéciales exigent une preuve. Gravure Pan Am ou péruvienne, emblème omanais, signature Tiffany : ces mentions se contrefont précisément parce qu'elles valent cher. Le doute doit toujours profiter à la prudence.
Références & lectures
- oysterpassion.fr — « La Rolex GMT 1675 » : chronologie détaillée des cadrans, calibres et bracelets, dont les photographies illustrent cet article. Source principale de ce guide.
- Documentation technique Rolex des calibres 1565 et 1575 (base 1530).
- Littérature de référence de la communauté des collectionneurs de GMT-Master vintage sur les éditions institutionnelles et les doubles signatures.
Note. Les fenêtres de production sont celles généralement admises, à ± 1 an. Ce guide constitue une base d'étude : toute décision d'achat engageante requiert l'examen physique de la pièce et le croisement des numéros de série. Notre atelier réalise cette expertise gratuitement.

